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CENTRE JAYA

 
Le Silence


 



Conférence donnée par Jaya Yogācārya le 23 juin 2016 à l’occasion de la journée mondiale du yoga

Le SILENCE

Quelle belle assemblée que voilà !
(silence)
Silencieuse !
(silence)
Enfin presque !
(silence)

C’est que j’entends votre mental !

Nous voilà réunis pour un moment privilégié de partage et d’écoute afin de pratiquer l’exercice subtil de la méditation profonde et silencieuse. J‘invite donc mes anciens, habitués à cet exercice, à accueillir avec dévouement les nouveaux chercheurs que voilà, afin que la pratique méditative qui va suivre puisse être faite dans le confort de l’assise et le calme intérieur.
Ici au Centre Jaya, il n’y a que des personnes de cœur pour vous accueillir. Vous n’aurez rien à prouver si ce n’est le respect des lieux et de l’enseignement, et nous n’aurons rien à vous imposer. Nous vous invitons simplement à faire le silence, à fermer les yeux, à garder l’immobile pose physique et mentale afin de faire pour certains, les premiers pas vers la connaissance de Soi.
Nous pratiquerons donc une méditation d’une heure dans laquelle nous vous invitons à bouger le moins possible tout en gardant une détente intérieure, afin que les exercices par niveaux qui seront donnés puissent être réalisés. Si des effets bruyants venant de la ville vous apparaissent, ne vous focalisez pas sur eux et revenez à votre travail d’attention. L’attention commence lorsqu’on prend conscience que l’on n’est pas attentif.


A l’heure où chaque jour de l’année devient un jour de quelque chose à fêter - journée de la fête des mères, de la femme, de la musique, du travail, des handicapés, du naturisme, des musées, des mangeurs de popcorn, de la marionnette, de la mini jupe, de la sclérose en plaque, du baiser, des ovnis, du topless, de l’œuf, etc., etc. - voici la journée du bien-être le 11 juin et la journée du Yoga le 21.
Je voudrais dire au monde, puisqu’on m’invite à parler plus fort ce jour-là, que les yogis célèbrent leur pratique de l’aube au crépuscule, chaque jour que la vie fait, dans le silence et l’intériorité.
Il est difficile alors d’aller dans ce mouvement extraverti et démonstratif d’une science qui ne se révèle que dans l’intimité de l’être. C’est donc pour cela que je vous invite, non pas à venir mettre la tête en bas le temps d’un jeu postural, mais à mettre le cœur en haut et l’esprit en écoute.
La quête du silence est millénaire et universelle et a toujours fait partie des grands mouvements spirituels, que sont aussi bien les courants hindouistes, bouddhistes, taoïstes, que pythagoriciens, chrétiens, ou orthodoxes. "Les bienfaits du silence et son besoin ont toujours caractérisé la sphère du sacré et du religieux, mais aussi les ont largement débordés", nous dit M de Smedt.

Le silence a toujours été un sujet de prédilection pour bon nombre d’artistes et de chercheurs. Tous les grands auteurs de littérature en on fait son éloge ou son évocation.
Tous les musiciens le connaissent. Le philosophe Jankélévitch, disait que Claude Debussy cherchait à saisir l’instant liminal à partir duquel le silence devient musique. 
Quant à John Cage, musicien contemporain, il n’hésita pas à créer sa pièce de silence" 4’33" en 1952, qui décontenança le public qui renvoyait sans le savoir, les sons de leurs impatiences.
Les poètes ont eux aussi louangé le silence.
Le poète Rabindranath Tagore disait « Si tu ne parles pas, je remplirai mon cœur de ton silence et je le subirai ». Il écrivit aussi ceci : « Attarde-toi, belle fin de notre amour, et dis-nous dans le silence tes dernières paroles ».
Quant aux odes mystiques de Rûmî, ce dernier déclarait :
« Ô silence, tu es ce qu’il y a de plus précieux au centre de moi-même,
tu es le voile de toute suavité en moi. »
Les intellectuels en usèrent. Albert Einstein ne disait -il pas « Je me plonge dans le silence et la vérité m’apparaît ». Dans sa « Méditation sur le silence », l’orateur Bossuet précisait qu’à ses yeux, il y avait trois sortes de silence : Le silence de règle, le silence de prudence dans les conversations et le silence de patience dans les contradictions.
Dans les ordres monastiques, qu’ils soient occidentaux ou orientaux, il y a toujours eu des règles fixant le temps et les heures de silence. Certains moines parfois gardent d’ailleurs un silence perpétuel et ne parlent jamais.

Ce fut le cas de notre maître Sri Sri Sri Satchidananda yogi de Madras, dit le silencieux, qui fit vœu de silence, Mauna, pendant plus de quarante ans. Il était un Mauni. Il quitta son corps en 2006, et observa le silence jusqu’à la fin. Nous reviendrons plus tard sur lui.
Les Pères du Désert, quant à eux, ordre monastique très ancien, étaient des moines ermites vivant dans le dénuement total dans le désert d’Egypte. Dans leurs écrits, un moine déclara qu’il garda un caillou dans sa bouche pendant plusieurs jours pour ne pas parler et s’immerger dans le silence du divin.
Même si le silence est la grande voie qui mène à l’écoute du divin et l’expérience mystique, nous ne pouvons le limiter à ce seul pouvoir. Beaucoup d’érudits pensèrent et écrivirent que si nous voulons parvenir à une vie authentique, il est indispensable de construire en nous le temple du silence, car ce n’est que dans le silence des passions, que l’on peut observer son être.
Nietzsche affirmait d’ailleurs que faire silence est nécessaire pour faciliter l’accueil des choses nouvelles.

La quête du silence dans tous les cas nécessite la recherche de lieux silencieux.

Aujourd’hui, dans le monde du business, une chaîne touristique « Les Relais du silence », est une chaine hôtelière qui garantit le silence à ses hôtes. Cela prouve à quel point ce bien est devenu précieux, et surtout qu’il n’est plus l’apanage des couvents, des bibliothèques ou musées, voire du cimetière. Cela revient surtout à constater comment le monde est devenu bruyant et incivique.

Un ornithologue qui vivait en ermite depuis plus de vingt ans dans une montagne du Lubéron pour y enregistrer les sons de la nature, décrivait ceci ;
" Le silence n’existe pas ; c’est une question d’amplitude ! Mais il existe un silence relatif.
Par exemple, ici, en Provence, il y a vingt ans régnait un silence relatif qui me permettait d’obtenir des sons de qualité. Le chant des cigales tranchait nettement avec le calme alentour ainsi qu’avec tous les bruits d’animaux. Maintenant, le niveau sonore ambiant a augmenté, cela ne se produit plus. Il y a une route à grande circulation, derrière la colline, beaucoup d’avions dans le ciel, des machines. Même si on ne les entend pas distinctement, tous ces bruits ont élevé le niveau sonore et le silence relatif a baissé. Je n’entends plus les fourmis marcher."

Que doit-on dire aujourd’hui de nos villes ?
Entre le bip de l’iphone, le gloups du mail, le pot d’échappement trafiqué, le tuning saturé, ce sont les éléphants que nous ne pourrions entendre barrir.

Chez les Grecs, le Dieu Harpocrate était un jeune homme ayant un doigt sur la bouche. Par ce geste, il ordonnait de se taire. Au cours de l’histoire, l’injonction de faire silence fut multiple et banale. Elle impliquait les apprentissages, car le silence ne va pas de soi. «  Il est des individus, qui n’ont pas de silence, et qui tuent le silence autour d’eux, et ce sont les seuls êtres qui passent vraiment inaperçus. Car nous ne pouvons pas nous faire une idée exacte de celui qui ne s’est jamais tu. On dirait que son âme n’a pas de visage, disait le poète Maurice Maeterlinck.

Des chercheurs de l’université de l’Illinois ont réparti le silence en trois groupes bien distincts.
1er groupe : Les silences institutionnels. Nous y trouverons :

- Les silences spatiaux : ceux des bibliothèques, des églises, des temples.

- Les silences des rituels : ceux des offices religieux, des funérailles, des classes scolaires (en principe), des théâtres, des cinémas (là encore en principe, quand ce n’est pas le bruit des "popcorn" et l’odeur !).

- Les silences volontaires : les vœux de silence des religieux.

- Les silences hiérarchiques et structurels : ceux que nous trouvons dans le rapport entre patron et employé, entre autorité et obéissance.

- Les silences tabous : dans le cas où la libre communication est prescrite, (prisonniers par exemple).

2e groupe : Les silences de groupe. Nous y trouverons :

- Les silences de situation : l’accès à la parole est donné dans une réunion par un animateur.

- Les silences normalisateurs : La parole est octroyée à tour de rôle aux membres d’un groupe. Écoliers, étudiants, audiences, examens.

- Les silences symboliques : dans l’action de la communication quelle qu’elle soit, on laisse des choses non dites pour pouvoir en dire d’autres.

3e groupe : les silences individuels.  Nous y trouverons :

-  Les Silences Interactifs : tels

— Les silences socio-contextuels, les auditions, les managements, les attitudes tactiques ou émotionnelles, la colère, le dédain, la tristesse, l’indifférence, l’aliénation, le doute, la dissimulation, la mystification ;
mais aussi le respect, l’amour, la communion et tout partage de sentiments sans paroles.
Dans ces silences interactifs, nous trouverons aussi :

— Les silences linguistiques : par la négation, le refus, l’approbation, l’affirmation, la didactique, l’elliptique (la suggestion).
Toujours dans les silences interactifs, nous trouverons :
— Les silences psychologiques : fantasmatique, réflexif, les silences de timidité, de honte, de peur, d’embarras et névrotique.
Dans ce 3e groupe, nous trouverons enfin :

- Les silences non interactifs, tels

— Les silences contemplatifs et méditatifs.

Ce tableau, nous dit Marc de Smedt, dans « L’ éloge du silence », montre comment, comme la parole, le silence ne peut être limité à une simple unité de communication car il se trouve composé de structures et de valeurs complexes.

Pour revenir à la nature du silence, il nous faut parler du son.

Tout son sort du silence et y retourne.
Le son mélodieux induit le silence intérieur et peut être un moyen de connaissance et d’accès à des états supérieurs. Le mythe d’Orphée qui créa la Lyre reste le symbole du musicien idéal mais surtout le patron des Mystères initiatiques car il put s’approcher grâce à son art de l’inconnaissable et de l’ineffable. Il illustre ce que l’on cherche en cosmogonie, quelque chose de divin, de donné, de caché sous les signes du monde et sous les discours de l’homme ; le sens de dieu, le sens du fond des choses et le vide béant dessous. En deux mots : le mystère du silence.

Dans la tradition Hindoue, le son s’enracine dans ce mystère. AUM la syllabe sacrée, le son primordial qui les contient tous est le son qui tisse et soutient l’univers,.
Dans l’Upanishad du Yoga, le mantra AUM est défini ainsi :

Il est le son qui ne sonne pas,
parce qu’il est au-delà du son.
L’adepte qui le trouve est libéré du doute.
Il est Son par excellence,
l’impérissable qui se situe
au-delà de toutes catégories. Voyelle, consonnes, sourdes, sonores, palatales,
gutturales, labiales, nasales, semi-consonnes ou aspirées,
Et c’est par lui que le yogi discerne le chemin
sur lequel il conduit le souffle.


Le premier son, non manifesté, qui est le son de l’Univers, éternellement présent et créateur, ne peut être entendu pour les yogis que de l’intérieur. Les autres sons restent vibratoires et manifestés. La perception du son divin ne peut se faire que dans le silence. On appelle ce son le Maha Nada.
Dans ma conférence sur le « Langage des dieux » voir article, je vous dis ceci :
Les yogins ne perçoivent le son divin que parce qu’ils affinent l’oreille aussi bien que le cœur, qu’ils aèrent suffisamment le corps et l’esprit pour gagner en fluidité afin d’atteindre l’oreille absolue, le son absolu qui est cette réalité impérissable, sans début ni fin.
« L’I-nouï » peut alors rejoindre l’Indicible ! »

Bien sûr, le commun des mortels n’est guère préoccupé par la quête métaphysique du son divin et de plus en plus d’ailleurs, dans notre monde contemporain, ce désintérêt est bien illustré par la prédominance du bruit et du tapage comme affirmation de l’activité humaine.
Il s’agit dans cette subtile démarche du yogi pour mieux percevoir et saisir, de gagner en premier le silence. La pratique du silence permet progressivement d’atteindre cet autre silence où le pouvoir primordial du son n’est pas utilisé pour nommer les choses du monde. L’absolu est alors perçu là dans sa lumière originelle.


Pour le non yogi, pour l’homme contemporain enchâssé dans cette société de bruits et de violences de tous ordres, le silence est un univers bien étrange et bien éloigné de sa quotidienneté. Ce n’est que lorsque les hommes tombent dans leur lit qu’il plongent dans un silence qui leur échappe. Et encore, ils sont bien capables de faire encore du bruit en dormant.
Observez ces humains si excités, si revendicateurs, si actifs, parfois si violents, mais aussi si apeurés, si inquiets, abandonner tout dans le silence de la nuit noire et devenir les proies les plus fragiles qui soient.

Le silence pour l’homme ordinaire est bien souvent source de peur ou de gêne. C’est que dans le silence, vous êtes face à vous-même, face à votre bavardage intérieur, à votre réalité physique. Combien de gens se noient volontairement dans une course effrénée d’un calendrier bien chargé de futiles besoins et ne comprennent pas les effets désastreux du stress qu’ils se créent eux mêmes.
Ils préfèrent s’assourdir avec des sons agressifs, préfèrent parler fort des phrasés interminables vides de sens.
Ils réinventent la roue. Facile, elle a déjà été inventée !
Bref, ils polluent.
Notre société d’aujourd’hui souffre cruellement de la nuisance sonore. Le bruit du monde contemporain est une vraie plaie qui affecte en profondeur l’âme humaine et crée de nombreuses pathologies et de nombreux conflits.

Où est le bruit du papillon ?

Revenons à notre Maître Sri Sri Sri Satchidananda Yogi de Madras, dit le silencieux.
J’en ai longuement parlé déjà par de nombreux articles et vidéos que vous trouverez sur le site du Centre Jaya. Je voudrais revenir sur quelques points.
Avoir été à ses côtés, et avoir dû gérer son silence au quotidien, nous a plongées, Maheswari et moi-même dans une dimension particulière, celle du sacré de chaque instant. A la question qui lui fut souvent posée ; pourquoi avoir choisi le Silence ? Il répondait : "Le silence est Dieu et ce n’est que de ce silence que vous pouvez écouter le son de la création."

Lorsqu’on lui demandait encore, ce qu’il espérait atteindre de cette preuve de résistance ?
Il répondait qu’il n’attendait rien. Qu’un yogi en tant qu’être illuminé, n’a ni désirs, ni attentes. Tout ce dont il a besoin, il le reçoit déjà de dieu.
A la question des autres sens qu’il aurait développés, il répondait ; Le contrôle de l’esprit. Je suis concentré sur mes capacités psychiques et sur mes expériences extra-sensorielles que sont la clairvoyance, la télépathie, le dédoublement du corps. Il communiquait avec le monde par les yeux, le regard, les gestes, l’écrit, et surtout le mental.
Lorsqu’enfin, on lui demandait s’il fallait résumer son enseignement ?
Il faisait le geste célèbre du yoni mudra, qui consiste à fermer les neufs portes et à se retirer en soi. Il se réveillait entre 3 et 4 heures du matin, il méditait jusqu’à 5 ou 6 heures puis accueillait ses élèves afin que les initiations commencent. Puis il reprenait la méditation dès que les disciples partaient. Il mangeait une seule fois par jour, des fruits, du miel, un verre de lait chaud et du yaourt frais. Il pratiquait souvent le jeûne pendant plusieurs mois et son jeûne de deux années au jus d’orange et au lait de coco reste dans les mémoires. Le jeûne ayant pour objectif de se purifier et de s’élever.

Ce qu’il nous faut retenir de cet être exceptionnel, c’est le grand dénuement et le grand renoncement dans lequel il vivait. N’ayant que son dhoti blanc et un short, même en hiver, ses sandales de bois reconnaissables, ses cheveux longs de trois mètres, le yogi était d’une douce autorité, mais grande autorité. Celle du sage avancé qui n’a rien à prouver, qui n’attend rien de vous, si ce n’est être là pour vous servir et vous élever, à condition que vous soyez à la hauteur des sacrifices que nécessite la pratique avancée du yoga.

J’ai pratiqué auprès d’autres grands maîtres, mais celui-là fut l’élu de mon âme. Il nous fit l’extrême offrande de nous reconnaître comme ses disciples. Il vint plusieurs fois à La Réunion et donna sa force spirituelle par sa bénédiction du Centre Jaya.
Il quitta son corps en 2006. Nous assurons depuis son flambeau.

Je voudrais à présent vous citer une petite histoire, une anecdote de la vie de Bouddha.
Un matin, alors qu’il entrait dans un village, quelqu’un dit à Bouddha : Je crois dans le suprême. Dites-moi, je vous prie, où est Dieu ? »

Bouddha se mit à rétorquer : « Dieu n’existe pas, il n’a jamais existé et n’existera jamais. Cessez-donc de dire des sottises ! » L’homme était ébranlé, mais la situation était ainsi créée.

Dans l’après-midi, un autre homme s’approcha de Bouddha et lui dit : « Je suis athée. Je ne crois pas en Dieu. Est-ce qu’il existe ? Qu’avez-vous à dire sur ce sujet ? »

Bouddha répondit : « Dieu seul est. Rien n’existe hormis lui. » Et l’homme fut ébranlé à son tour.

Plus tard, dans la soirée, un troisième homme vint trouver Bouddha pour lui dire : « Je suis agnostique. Je ne crois ni ne crois pas en Dieu. Dites-moi ? Y a t-il ou non un Dieu ? »

Bouddha garda le silence. Et l’homme s’en trouva ébranlé.
Mais il y avait un moine qui ne quittait jamais Bouddha d’une semelle et qui était plus ébranlé encore que les trois autres. Bouddha avait dit le matin, il n’y a pas de Dieu, l’après midi, seul Dieu existe, et le soir, il avait gardé le silence ! Il demanda à bouddha ; « Maître, j’ai perdu la paix de mon esprit ? Je ne sais plus où j’en suis ! Vos réponses sont contradictoires ? »

Bouddha lui répondit.
« Aucune des trois réponses ne t’était destinée. Pourquoi les avoir écoutées ? Chaque réponse s’adressait à l’une des personnes qui m’avait interrogé. Si ces réponses sèment en toi le trouble, c’est parfait. C’est la réponse qu’il te fallait ! »

Dans le chemin spirituel, vous devez toujours expérimenter par vous-même et ne jamais adhérer à une doctrine quelle qu’elle soit, sans en avoir fait l’expérience directement par vous même.
C’est là la force du yoga.
C’est un système pratique mystique philosophique qui a pour but de vous donner des clés concrètes afin de développer vos outils, vos potentiels, de vous faire grandir et connaître les lois qui vous gouvernent, de vous rendre libre.
Ici dans nos cours, nous avons des malbars bien sûr, mais aussi des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes, des taoïstes, des athées. Chacun a sa place.

Quand nous décrivons le divin, nous le faisons par nos attributs. Ces attributs décrivent notre expérience du divin. Ils n’appartiennent pas au divin en tant que tels. Ils sont le résultat de notre perception.
Le divin est perceptible à travers des fenêtres de l’esprit humain. La vision de la beauté, de la vérité, de la bonté, du silence.
Le principe même de la méditation s’enracine dans le silence tranquille et la vision intérieure. La tranquillité silencieuse développée en soi permet à la sagesse de s’élever en vous en coupant les entraves de l’ignorance.


Dans l’agitation et le bruit, tout problème devient une montagne. Dans l’arrêt du geste et du silence, ce même problème redevient un élément parmi d’autres et même si celui-ci fait encore mal, même s’il angoisse, il ne déborde plus. Il n’envahit plus le champ de la conscience de façon tyrannique. Toute la force de la posture de méditation, toute la puissance de la respiration chasse les miasmes, aide à maitriser le tigre sauvage en vous qu’est l’esprit.

Alors là, la clarté intérieure peut surgir, alors là arrive le vrai calme. Et s’éveille une nouvelle énergie en vous qui permet d’affronter la réalité extérieure avec une détermination courageuse, une résolution tranquille, avec un regard clair. Se trouvent là, les clés de la santé mentale. L’exercice du silence est celui du renouvellement. La plupart de nos contemporains respirent mal, sont obsédés par leurs pensées. Krishnamurti insistait sur l’art de penser juste. Il disait que l’on ne peut penser correctement que grâce à la connaissance de soi. Le seul fait de penser correctement amène l’intégration et la libération des contradictions.
En acceptant ce qui est, l’agréable comme le désagréable, en étant conscient du processus de notre pensée, sans aucune condamnation ni jugement, alors la connaissance de soi devient le commencement de la sagesse.

Faire le silence en soi, c’est faire l’expérience de l’énergie du cosmos en nous.
C’est comprendre si nous sommes en ordre avec lui.

C’est être au centre, stable et tranquille au milieu du cyclone.
Hari om tat sat
Jaya Yogacharya


Bibliographie :
« Eloge du Silence » de Marc de Smedt aux edts Albin Michel
« De la connaissance de soi » de Khrisnamurti aux edts Courrier du livre
« L’éveil à la conscience cosmique » de Bhagavan Shree Rajneesh aux edts Dangles
« Ecrits » de Père Henri le Saux aux edts Albin Michel
« Histoire du silence, de la renaissance à nos jours » d’Alain Corbin aux edts chez Albin Michel
adaptation et commentaire de Jaya Yogacharya

 

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FORUM DE L'ARTICLE

  • Le Silence
    30 juin 2016, par banat

    MERCI pour cet éloge au Silence , au Yoga.

    Dans notre société ,où l’homme est plus dans la réaction que dans l’action .
    Apres lecture , le Silence lui, deviend force et Action .

    Le hasard de la Vie m’a amené jusqu’à vous . Paul Eluard disait " il n’y a pas de hasard , que des rendez vous "
    Quel superbe cadeau que ce rendez-vous !
    A tout bientôt
    Sincèrement
    Jocelyne B.


    • Le Silence
      1er juillet 2016, par Jaya

      Merci Jocelyne, pour vos bons mots qui reconfortent l’effort et merci pour votre subitile élégance dans la pratique.
      Jaya


 
 
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